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Quelles alternatives pour l’agriculture de demain ?

Quelles alternatives pour l’agriculture de demain ?

Le 23 mai 2017, le salon de l’agriculture de Nouvelle-Aquitaine accueillait la deuxième conférence permanente de l’agriculture. L’objectif de ce rendez-vous : imaginer la ferme de 2030.

« Cette conférence, lancée l’année dernière, vise à rassembler dans un même lieu celles et ceux (lycées agricoles, monde de la recherche, responsables professionnels, lieux d’expérimentation… ) qui concourent à préparer l’agriculture de demain, lance en ouverture Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine. Il faut préparer l’agriculture de 2030, avec toutes les problématiques foncières, d’installation, de conduite d’un élevage, de culture végétale, de relation à l’environnement, au sol… » Un travail qui doit mobiliser la recherche, l’innovation, les PME qui jalonnent notre territoire. Et notre Région ne manque pas d’atouts pour mener cette aventure. Le président évoque ainsi sa dernière visite au centre de Chizé, dans les  Deux-Sèvres : « Il s’agit d’une démarche extrêmement pertinente dans le monde agricole, avec un laboratoire à ciel ouvert qui travaille à de nouveaux modes de culture. » Des modes plus respectueux de l’environnement, de la santé des agriculteurs et qui répondent aux attentes des consommateurs, mais sans sacrifier la productivité.

Des initiatives qui marchent

Autant d’enjeux qui font que la bio occupe une place particulière parmi les sujets qui feront l’agriculture de demain. Des initiatives fleurissent ici et là, avec des résultats encourageants. Ce qu’explique Carine Tagliamonte, chargée de mission Ecophyto et Agroécologie à la chambre d’agriculture régionale : « Au sein du réseau DEPHY*, nous avons un cahier des charges au départ, mais les objectifs diffèrent selon les filières régionales et leur situation. Nous travaillons sur l’organisation du travail, la commercialisation, les types de sols qui impactent directement la réduction des produits phytosanitaires. »

Bilan au sein du réseau : une baisse de 18 % de l’utilisation des produits phytosanitaires, avec des variantes entre les différentes filières régionales (viticulture, grandes cultures, maraichage…). « Il s’agit d’une moyenne triennale, pour tenir compte des aléas climatiques et des contraintes des différentes filières », précise la chargée de mission.

L’autonomie au cœur du système bio

Pour plusieurs intervenants, l’une des clés de la réussite de la bio, c’est l’autonomie. «Dans les fermes que j’accompagne, nous avons notamment travaillé sur l’autonomie en protéines dans l’élevage. Ce que l’on en retient, c’est que plus un sol consomme de la paille, des feuilles, du bois – autrement dit, de carbone -, plus il produit d’azote et plus le système devient fertile et auto-fertile, avec des rendements conventionnels, mais sans chimie, sans engrais…», relate Konrad Schreiber, spécialiste de l'agriculture de conservation.

Mais de telles transitions emportent une prise de risque. « Il faut y aller par étape. On travaille d’abord sur une petite parcelle, puis une plus grande », précise Patrick Vasseur, vice-président de la chambre d’agriculture de Gironde et viticulteur. Konrad Schreiber résume : «Les pionniers savent faire, mais il faut maintenant passer de l’incubation pionnière au développement

Se confronter aux réalités du terrain

« Mais c’est difficile de faire bouger les pratiques, quand on entre dans une organisation où son père, le voisinage, ont développé des habitudes de travail, commente Jean-Baptiste Siriex, éleveur en Corrèze de bovins "viande" et volailles en bio. On ne craint pas le regard des autres, mais on se dit qu’eux, aujourd’hui, ils sont encore là grâce à ces méthodes… » Lionel Jordan-Meille, enseignant-chercheur en agronomie à  Bordeaux Sciences Agro,  ajoute : « Très peu de nos élèves sont fils d’agriculteurs, ils ne baignent pas dans ce monde et ils ont une attente démesurée de changement. Il faut donc aussi leur parler des réalités économiques, du terrain. » Par exemple, « pour beaucoup d’exploitants aujourd’hui, les intrants sont considérés comme un moyen d’assurance face aux risques économiques liés aux marchés ou aux risques sanitaires », confie Jean-Luc Fort, en charge du service recherche, développement et innovation à la Chambre régionale d’agriculture. La transition entre deux modèles ne pourra donc se faire que progressivement…

Une approche globale

Aussi, « pour conduire le changement au niveau des exploitations, il faut adopter une lecture globale de l’ensemble de leurs activités », selon Philippe Ballanger, directeur terrain de la coopérative Ocealia basée à Cognac. « Le métier de conseiller a changé, confirme Jean-Luc Fort. Il ne s’agit pas d’apporter une réponse immédiate à un problème immédiat, mais d’adopter une approche plus systémique. Il faut expérimenter, être proche de la recherche qui apporte des prototypes d’aide à la décision. »

Par exemple, Hervé Longy, du lycée agricole de Tulle-Naves, qui travaille depuis 1999 sur la bio, remarque qu’un prix rémunérateur ne suffit pas à inciter à l’installation d’éleveur de veaux de lait élevés sous la mère. « Nous avons participé à la modernisation de l’élevage pour permettre aux exploitants de se faire remplacer, de partir en vacances. » Car l’un des principaux enjeux pour l’agriculture de demain, « c’est également de travailler moins et mieux », selon Konrad Schreiber. Ainsi, « toutes les actions qui vont enlever de la pénibilité, comme les robots pour désherber dans les systèmes maraîchers, seront vite adoptés », argue Jean-Luc Fort.  Et si les technologies et l’innovation technique sont incontournables, « il faut avant tout s’interroger sur le revenu très bas des agriculteurs, rappelle Jean-Baptiste Siriex. Car avant d’investir, nous devons retrouver des marges de manœuvre ». Un thème peut-être déjà tout trouvé pour la conférence de l’année prochaine : « nous pourrions alors réfléchir et échanger sur la chaîne de valeur », conclut ainsi Alain Rousset.

Un monde qui gagne à être connu

Chaque année, Harris Interactive réalise une enquête d’opinion, pour accompagner la conférence permanente de l’agriculture et analyse le regard que portent les habitants et les agriculteurs sur la profession*. Il en ressort que cette année, le monde agricole bénéficie d’une meilleure image encore que l’année passée auprès des habitants, avec plus de 80 % d’avis favorables. Les mots qui sont évoqués spontanément lorsque l’on parle d’agriculture sont : bio, difficultés, nature, courage, tracteur, travail, campagne, nourriture, pesticides, terre, ferme, etc. De nombreux habitants considèrent que le métier d’agriculteurs n’est pas valorisé aux yeux de la société (86 %) et que le métier d’exploitant agricole est plus difficile qu’il y a quelques années (74 %).

Si le secteur agricole est vu comme efficace pour proposer des produits tenant compte des spécificités du terroir, proposer aux consommateurs des produits de qualité, réduire les risques liés à l’exercice du métier, les habitants restent plus critiques sur la pollution des sols, l’anticipation des risques liés au changement climatique ou la réduction du recours aux pesticides.

* Un étude réalisée auprès de 1000 habitants et 600 agriculteurs en mai 2017

source : www.nouvelle-aquitaine.fr

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