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Space à Rennes. Du lait bio oui, mais avec une traite performante

Space à Rennes. Du lait bio oui, mais avec une traite performante

Au Gaec La Clé des Champs, en Vendée, on a opté pour le bio il y a 16 ans. Les trois associés n’excluent pas la technologie, bien au contraire, grâce à une salle de traite rotative. Reportage.

Il est 16 h 30 dans la salle de traite du Gaec La Clé des Champs, à SaintGermain-de-Prinçay. François Plessis, 35 ans, a enfilé son ciré et monté le volume de la radio. Sur ce qui ressemble à un grand manège lent, une vache donne l’impression de se trémousser au rythme de la musique. « En fait, elle trépigne d’impatience », explique François, en souriant. La vache, au milieu de ses 33 congénères installées comme elle sur le plateau rotatif, sait qu’elle va recevoir d’une seconde à l’autre sa ration d’aliment concentré.

Elle a la chance de faire partie du petit groupe qui aura ce traitement de faveur, attribué sur la foi d’éléments dûment calculés avec la contribution du logiciel de traite. Un bruit de souffle rapide se fait entendre dans le conduit souple qui surplombe la salle. Et une ration précisément dosée tombe dans l’auge de notre vache.

Des économies substantielles

Quelques minutes plus tard, ce sera au tour d’une de ses voisines. « Toutes les vaches n’en reçoivent pas. On ne complète l’alimentation qu’en fonction du potentiel de production de chaque vache, explique François. Doser précisément pour chaque animal, plutôt que de donner à tout le monde une dose établie par moyenne, c’est mieux pour les animaux, et cela permet de faire des économies substantielles. »

Le coût du complément alimentaire, c’est un poste majeur dans une exploitation laitière. D’autant plus lorsque, comme au Gaec La Clé des Champs, le mélange de soja, tournesol, luzerne, colza, est de provenance bio. « C’est-à-dire deux fois plus cher que du conventionnel… », explique François.

En dix minutes, le plateau a effectué une rotation complète. La traite s’achève donc pour la première vache. « Dès que le système enregistre une baisse de débit en des sous de 300 grammes de lait par minute, l’aspiration dans les manchons cesse. Les manchons se détachent d’eux-mêmes de la mamelle. Pour cette vache, la traite est finie. »

Salle rotative

Un petit câble ramène doucement le gobelet et ses quatre manchons en position d’attente, sans toucher le sol. La vache se trouve maintenant libre de ses mouvements et fait face à la sortie, qu’elle emprunte placidement. 120 vaches en 50 minutes À son poste, François, lui, ne chôme pas. Si la salle rotative contient 34 postes de traite (d’autres peuvent en contenir jusqu’à 54), le cheptel du Gaec comprend un peu moins de 150 vaches à traire. L’équipement est conçu pour traire 170 vaches à l’heure. « Dans la pratique, nous trayons 120 vaches en 50 minutes. »

« Avec la salle rotative, c’est clair, on gagne une heure par traite et on peut assurer seul là où nous devions être deux auparavant ». Gros gain de temps et de productivité dans un métier où la traite est une contrainte incontournable, deux fois par jour, chaque jour de l’année. Une compensation, également, au surcroît de travail nécessité dans les champs par des opérations telles que le désherbage mécanique et tout ce qui résulte du bio, qui représente « à cheptel équivalent, un emploi de plus qu’en conventionnel. »

Installée en 2014 par Vendée Élevage, la salle de traite rotative DeLaval s’inscrit dans le développement du Gaec aujourd’hui exploité, dans le prolongement de leur père, qui s’est retiré en 2008, par Frédéric et François Plessis, 41 et 35 ans, ainsi que Fabien Baron, 34 ans. Une exploitation bien ancrée dans ses racines puisque le grand-père Plessis était lui-même allé sélectionner ses Prim’Holstein aux Pays-Bas. Aujourd’hui, le troupeau issu de cette longue lignée génétique, compte 150 vaches laitières.

Passage au bio

Quant à la décision de se convertir au bio, elle date de 2000. « Cela a été une décision collective, explique François. Notre père était membre du groupe de recherche pour une agriculture paysanne économe et autonome (Grapéa). dès 1990, il travaillait sur le développement des pâtures. Le passage au bio a été décidé lorsque mon frère s’est installé au côté de notre père, mais en concertation avec Fabien et moi, même si je n’étais encore qu’apprenti. » Si, aujourd’hui, l’agriculture biologique s’est banalisée, « alors ce n’était pas si bien vu que cela par les collègues ».

À l’époque, l’exploitation ne comptait que 50 vaches, 250 000 litres de quotas et 60 ha. Une dimension qu’il a fallu revoir à la hausse pour faire vivre deux, puis trois associés. Le Gaec compte aujourd’hui, outre ses 150 vaches, 200 ha pour une production de 1,2 million de litres, livrée à la laiterie Saint-Père (Agromousquetaires). Avec une production moyenne de 8 000 litres, les vaches du Gaec « ne sont pas poussées ».

Le prix de base payé par la laiterie, de 450 € les 1 000 litres l’an dernier et de 465 € cette année, semble donner satisfaction aux associés. Dont le système repose sur forte part d’autonomie fourragère, nécessaire compte tenu du coût de l’aliment concentré, a fortiori en bio. « Nous avons tous suivi des formations pour bien maîtriser la technique culturale en pâturage, nécessaire pour disposer de notre propre alimentation quasiment toute l’année. »

Evolutions ?

Sur les 200 ha de l’exploitation, 130 ha sont dévolus à la prairie naturelle, qui peut comporter de la luzerne, du trèfle blanc ; 25 ha produisent un mélange de triticale, féverole et pois ; du maïs destiné à l’ensilage pour l’hiver est produit sur 30 ha, tandis que 5 ha produisent de la betterave, dans le même but. « Côté désherbage, quand on travaille en mécanique, il ne faut pas se laisser déborder », assure François.

Entièrement centrés sur la production du lait vendu en laiterie, les trois associés n’excluent pas quelques évolutions. La vente directe, pourquoi pas, puisque l’ancienne salle de traite pourrait être réaménagée pour cela. Et l’obtention d’une autonomie totale en alimentation du bétail. « Mais cela supposerait de disposer de 20 ha de plus. Or, aujourd’hui, la tendance est plutôt à ce qu’on nous en retire, car la commune veut créer des lotissements. »

source : www.ouest-france.fr

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