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Je veux pousser plus loin le modèle collaboratif pour Château Réaut

Je veux pousser plus loin le modèle collaboratif pour Château Réaut

Direction le domaine Château Réaut et ses 23 hectares qui surplombent la Garonne, à Rions. Ce vignoble racheté en 2012 par une poignée d’amis, cherche de nouveaux actionnaires, rémunérés en bouteilles de vin. Rencontre avec Yannick Evenou, son meilleur émissaire.

Votre idée de départ était d’acheter un vignoble entre amis…

Yannick Evenou "Avec plusieurs copains, nous recherchions effectivement un petit vignoble à nous. A cette époque, le groupe Roederer décidait de se séparer de cette propriété, avant même en avoir commercialisé la moindre production. Nous avons été subjugués par cet endroit, ce terroir : un coteau merveilleusement exposé, une vigne intégralement replantée et trois millésimes en stock. Ce qui signifiait que nous pouvions vendre du vin dès le début de l’aventure."

Vous optiez alors pour un modèle économique original : 40 % de l’investissement était réalisé en GFA, un groupement foncier agricole rémunérant ses actionnaires en bouteilles de vin !

A une douzaine de passionnés bourguignons et bordelais, nous avons financé 60 % de l’opération, les 40 % restants ont été portés par le groupement ; un bon moyen de ne pas s’endetter. Dès l’automne 2011, nous proposions 427 parts à 2 500 euros chacune. En quinze jours et quatre dégustations, c’était plié : toutes les parts avaient trouvé preneurs !

Vos 427 actionnaires réunis si facilement, n’en avez-vous pas déduit que la valeur des parts avait été sous-estimée ?

Chacun d’entre eux reçoit 36 bouteilles par an. A 15 euros la bouteille, cela correspond à un retour sur investissement supérieur à 20 % ! Comparé aux rendements moyens des GFA qui tournent autour de 3%, on peut effectivement dire que le contrat de fermage est plutôt très généreux.

Chaque actionnaire reçoit 36 bouteilles par an, cela correspond à un retour sur investissement supérieur à 20 % !

Ne regrettez-vous pas une certaine forme de précipitation?

Ce n’est pas tant sur le prix de la part que nous aurions dû être plus vigilants, mais davantage sur le choix de nos actionnaires. En effet, le montage en GFA prend tout son sens si les investisseurs, au-delà de l’apport en capital, endossent le rôle d’ambassadeurs.

Il y a donc de bons et de mauvais actionnaires ?

Je dirais qu’il y a ceux qui partagent avec nous l’esprit de cette aventure et les autres qui ne s’occupent pas de ce que leur implication pourrait apporter à la propriété. Ils ne représentent heureusement qu’une minorité. Sur les 427, je préfère évoquer ceux qui conçoivent cette production de manière collaborative. Certains le font avec tant de plaisir… Nous estimons que 75% de nos 2 000 clients particuliers sont directement liés à nos ambassadeurs.

Après cinq ans de production, quel est votre bilan ?

Les charges de portage de stocks sont évidemment très élevées, mais c’est un choix. Je tiens à garder « au chaud » 2, voire 3 millésimes. C’est une fierté de pouvoir présenter cinq bilans positifs, malgré l’année 2013 qui a été désastreuse pour les Bordeaux.

Comment avez-vous passé cette douloureuse année 2013 ?

Nous avons fait le choix de ne pas vendre le millésime 2013 en vrac pour ne pas risquer de fiche en l’air la marque Château Réaut. Je vous rappelle que nous venions de la créer, ex nihilo, après des années sans commercialisation. Nous avions trois ans de stocks, les millésimes 2009, 2010 et 2011. Cette force, malgré son coût, nous a sauvés.

Depuis, la marque Château Réaut est-elle parvenu à asseoir sa notoriété?

Face à certains vins qui affichent près de deux cents ans d’existence, nous sommes des embryons. Mais nous sommes confortés par nos résultats, notamment lors de dégustations à l’aveugle où nous sommes très bien classés. Quant à l’arrivée, à nos côtés, de Michel Rolland, œnologue d’exception qui va signer les millésimes 2016 et 2017, c’est une consécration. C’est aussi un argument pour les banques.

"2018 sera l'année du début de la conversion du vignoble au bio"

Vous projetez des investissements?

Cet hiver nous débutons les travaux de notre nouveau chai prévu pour 40 hectares. Un investissement d’1,5 million d’euros pour ce nouvel outil qui proposera un espace de restauration. L’année 2018 sera aussi celle du début de la conversion du vignoble en bio. L’exceptionnelle santé de nos vignes nous y encourage.

Un futur chai pour une plus grande production… Vous pensez vous étendre ? Vous chercherez bientôt de nouveaux investisseurs ?

Nous allons effectivement développer le GFA et créer de nouvelles opportunités de parts, une trentaine par an. Nous disposons d’une liste d’attente, mais nous privilégierons des actionnaires à l’étranger. En Norvège, Allemagne, Chine, Canada, Australie… nos distributeurs cartonnent. La valeur de la part sera établie sur la base d’un rendement de 10 %, entre 4 500 et 5 000 euros, tout le monde sera gagnant.

En ouvrant à nouveau le capital, ne craignez-vous pas pour l’esprit de votre aventure de passionnés?

Il y a 10 000 propriétés dans le Bordelais, autant continuer à faire quelque chose d’original. Je veux pousser plus loin le modèle collaboratif. Je ne sais pas où cela va me porter, mais s’il y a un produit qui symbolise la notion de partage, c’est bien le vin.

source : lejournaldesentreprises.com

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